REFLEXIONS DE JEAN BIRON, REPRESENTANT DES CONTRIBUABLES SIEGEANT
DANS UNE CDI
présentées au colloque « Prévenir et
régler à l’amiable les litiges fiscaux »
du 9 mars 2000
J’apporterai l’éclairage de la pratique de cette
commission dont je suis membre en Seine-Saint-Denis depuis plus
de 20 ans.
Sa composition tripartite – présidée par un
juge au tribunal administratif, avec des représentants de
l’administration fiscale et des représentants des contribuables
– fait qu’il y a une mixité qui permet d’avoir
un dialogue, des échanges pertinents sur les situations exposées
par les contribuables et sur la position prise par l’administration
fiscale.
Je constate l’amélioration du fonctionnement de ces
commissions. A une certaine époque, les dossiers de l’administration
n’étaient disponibles qu’au centre des impôts
du département, et les commissaires devaient se déplacer
pour aller les voir. Aujourd’hui, grâce à notre
insistance, les dossiers sont envoyés à l’avance
aux commissaires de façon à ce qu’ils puissent
en prendre connaissance et, éventuellement, prendre contact
avec le contribuable, lui demander des éclairages sur son
dossier et avoir, non pas une opinion toute faite en arrivant devant
la commission, mais une connaissance plus approfondie du dossier
et surtout plus équilibrée : le mémoire de
l’administration d’un côté, et les arguments
de l’autre.
Deuxième constat : on a souvent l’impression que la
commission va « botter en touche » parce qu’on
va arriver sur un problème de droit qu’on ne va pas
traiter. Cela est frustrant parce que même s’il y a
un problème de droit, qu’il n’est ni de rôle
ni de la compétence de la commission d’examiner, il
y a quand même des choses à dire après avoir
entendu le contribuable et les arguments du vérificateur,
qui fait état de cause de donner un avis, avis accessoire,
annexe, pour que le travail fourni par ses différents participants
ne soit pas occulté parce qu’on ne peut en tenir compte
de manière légale. Il est important que la commission
donne toujours un avis. Tel est mon sentiment.
Il est essentiel également que la commission soit un lieu
de dialogue pertinent. Il est vrai qu’elle humanise les rapports.
La commission permet – je pense plus au contribuable –
de dédramatiser le contrôle fiscal. Le contribuable
se retrouve devant ses pairs, il sait qu’il a dans cette commission
des amis objectifs qui sont là non pas pour prendre se défense
mais pour donner sur le dossier l’éclairage technique,
l’éclairage de l’expert.
Il est évident que la composition de la commission a une
grande importance suivant les dossiers qui sont traités.
En Seine-Saint-Denis, où on compte une trentaine de commissaires,
le secrétariat de la commission veille toujours à
ce que les commissaires évoqués à une séance
soient, peu ou prou, des professionnels de l’activité
du contribuable. Le contribuable peut également demander
la présence d’un représentant de son organisation
professionnelle. Par expérience, et pour avoir été
président pendant longtemps d’un syndicat professionnel
à Paris, c’est une option qu’il prend rarement
et c’est dommage parce qu’il y aurait en amont une étude
du dossier au sein de l’organisation professionnelle par des
gens qui ont la compétence nécessaire et qui permettrait
de donner aux commissaires des arguments pour examiner le dossier
de ce contribuable.
Cela conduit au problème du bénévolat des
commissaires. Un commerçant, un chef d’entreprise,
un membre de la chambre de commerce consacre de son temps à
siéger dans ces commissions, parce qu’il a une notion
de service à rendre à ses collègues. Et lorsqu’on
sacrifie de son temps, on sacrifie de son argent. Si on fait appel
à des gens dont les compétences sont chères,
les agendas très remplis, ne butera-t-on pas sur un problème
de bénévolat pour la composition de la commission
? La question est posée.
Enfin, lorsque la séance prend fin, les commissaires ont
émis un avis, le secrétaire a pris des notes. Et cela
s’arrête là. En Seine-Saint-Denis, nous avons
peut-être innové : l’avis de la commission est
rédigé immédiatement, lu immédiatement
à tous les commissaires qui l’approuvent. Tout le monde
sait alors ce qu’il a décidé au cours de cette
commission. Nous demandons au contribuable, à ses conseils
et au vérificateur de revenir en séance et l’avis
leur est lu. Le président de la commission indique au contribuable
qu’il recevra l’avis de la commission dans le délai
de trente jours.
La commission me semble une très bonne institution. Son
fonctionnement s’est beaucoup amélioré. Des
progrès sont à faire, mais nous sommes là aujourd’hui
pour y contribuer.
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